lundi 15 juillet 2013

L'observatoire de la Christianophobie | Égypte : les pogroms contre les chrétiens se poursuivent

Égypte : les pogroms contre les chrétiens se poursuivent

Article bien documenté paru sur JForum, le portail juif francophone, et traduit de l'original en anglais publié aujourd'hui dans The Times of Israël.

Poursuivis par une meute d'extrémistes musulmans sur leurs talons, l'homme d'affaires chrétien et son neveu sont montés sur le toit et ont couru pour sauver leurs vies, sautant d'un bâtiment à l'autre, dans leur village du sud de l'Égypte. Finalement, ils en ont été réduits à descendre du sommet des toits. Forcés de revenir dans la rue, plusieurs dizaines d'hommes les ont rapidement submergés. Les agresseurs les ont lacérés de coups de hachoirs et battus à coups de barres de fer et de bâtons, tuant Emile Naseem, 41 ans. Son neveu a survécu à ses blessures aux épaules et à la tête et a raconté cette chasse à l'homme à Associated Press.

Le déchaînement d'émeutes à travers tout le village de Nagaa Hassan, incendiant des dizaines de maisons chrétiennes, trois autres chrétiens étant poignardés à mort, est survenu deux jours après l'éviction du Président islamiste Mohamed Morsi par l'armée. La focalisation des assaillants contre Naseem et sa famille n'a rien une coïncidence. C'était l'homme le plus en vue du village, dans la campagne appelant au départ de Morsi. Certains chrétiens sont en train de payer le prix fort, pour leur militantisme contre Morsi et ses alliés islamistes, au cours des représailles contre ceux qui l'ont sorti, la semaine dernière.

Depuis lors, on a assisté à un enchaînement d'agressions contre les chrétiens, dans les provinces devenues les places fortes des éléments islamistes les plus durs. Dans la Péninsule du Sinaï, où sévissent des groupes terroristes, un gang d'hommes armés a tué un prêtre à bout portant, en roulant en voiture, alors qu'il déambulait sur un marché public. La minorité chrétienne d'Egypte, qui constitue environ 10 % de la population, a longtemps fui toute participation politique, par crainte des représailles, en déléguant à leur Église de soutenir leurs revendications en direction de ceux qui tiennent les rênes du pouvoir. Cela a changé, dans la ferveur révolutionnaire, quand l'autocrate Hosni Moubarak a été renversé, en 2011, alors que les chrétiens ont commencé à exiger d'avoir leur mot à dire dans les grandes orientations de leur pays. Mais, ils ont arraché ce droit à un niveau plus élevé, durant l'année du mandat de Morsi et qu'il renforçait le pouvoir de ses alliés islamistes. Le nouveau pape Copte chrétien, Tawadros II, intronisé en novembre, a ouvertement critiqué le Président. Il a encouragé les chrétiens en leur disant qu'ils étaient libres de participer activement aux orientations politiques et que l'Église ne les en dissuaderait pas. « Les chrétiens sont sortis de dessous les robes du clergé et n'y retourneront jamais ! » déclarait Ezzat Ibrahim, un militant de Minya, une province du sud, peuplée d'une vaste communauté chrétienne.

C'était un jeu risqué, pour une minorité qui s'est longtemps sentie vulnérable, puisque ses plus grandes concentrations de communautés vivent souvent dans les mêmes zones rurales que les islamistes les plus véhéments et les plus bruyants maintiennent leur emprise.

Durant l'année de Présidence Morsi, certains de ces alliés les plus radicaux ont, de plus en plus, dénoncé les chrétiens comme des ennemis de l'Islam et leur ont sévèrement rappelé qu'ils ne constituent qu'une minorité. Quand la vague de protestations contre Morsi a débuté, peu avant le 30 juin, les médias des Frères Musulmans l'ont caricaturé comme largement dominée et entraînée par les chrétiens – et pour les radicaux, cela résonnait comme une mutinerie des chrétiens contre un dirigeant musulman.

Le pire retour de boomerang antichrétien, depuis le renversement de Morsi, le 3 juillet a été ce pogrom de Nagaa Hassan, un village crasseux de la rive occidentale du Nil, non loin du plus majestueux des sites archéologiques de l'antique Egypte, dans la ville de Luxor. Le corps d'un villageois musulman a été découvert à l'aube du 5 juillet. La rumeur a commencé à enfler, tout autour du village, que c'étaient les chrétiens qui l'avaient tué. Une émeute de plusieurs centaines d'hommes, menés par es hommes portant le signe distinctif des longues barbes des Salafistes ultraconservateurs, autant que d'autres mouvements extrémistes, ont continué à se déchaîner, selon des témoins et des responsables de la sécurité, qui se sont confiés à l'AP. Ils ont pulvérisés les vitres des fenêtres et les portes des maisons chrétiennes, pillé les boutiques possédées par des Chrétiens et les ont incendiées – détruisant au moins 30 maisons et commerces, en tout. Des résidents musulmans qui ont tenté de s'interposer, ont été violemment écartés, parfois en subissant des menaces qu'on s'en prenne à eux-mêmes. Au moins une douzaine de familles chrétiennes ont trouvé refuge dans l'église locale de Saint-Jean-Baptiste, selon le témoignage du Père Vassilios, le prêtre de cette communauté.

La foule a, en particulier, pris Naseem pour cible, en assiégeant le bâtiment où se trouve l'appartement de ses cousins, où il se cachait avec son épouse. Leurs trois enfants ont dû être emmenés, plus tôt, à la maison de leurs proches, pour leur sécurité. La foule a allumé des feux dans l'immeuble, où les familles, femmes et enfants, ont fui vers les étages supérieurs.

Les forces de sécurité se sont arrêtées devant l'immeuble, en faisant reculer une véhicule blindé de transport de troupes jusqu'à l'entrée, pour évacuer ceux présents à l'intérieur, selon des témoins et militants interrogés sur les évènements du jour. Mais la foule, dépassant largement la police en nombre, a refusé de laisser partir les hommes encore à l'intérieur – aussi la police a-t-elle dit aux familles qu'elle ne prendrait en charge que les femmes et les enfants.

Naseem et plusieurs autres hommes avaient, à l'origine, revêtu des vêtements de femmes, pour échapper à leur identification par la foule les attendant autour de la police prête à prendre les hommes en charge, d'après el-Ameer, le neveu. La police a, de nouveau, refusé de prendre les hommes, craignant que la foule à l'extérieur s'aperçoive de la ruse et attaquent le véhicule blindé de la police, venu pour évacuer les chrétiens. Martha Zekry, la femme de Naseem, a supplié la police de prendre son mari, plaidant auprès d'elle qu'il n'y survivrait pas. L'officier responsable a déclaré qu'il reviendrait chercher Naseem. Il ne l'a jamais fait.

Dès que la police s'en est allée avec les femmes et les enfants, les assaillants ont mis le bâtiment à sac. Naseem a déchiré les vêtements féminins qu'il portait et s'est échappé vers le haut des toits, avec son neveu, a témoigné al-Ameer. Les cousins de Naseem, Romani et Muhareb Nosehi, et un voisin Rasem Tadros, n'ont jamais pu sortir de l'immeuble, et ont été poignardés et battus à mort, sur place.

Les amis et la famille de Naseem disent qu'il a été la cible, à cause de son militantisme contre Morsi. Dans les mois précédant l'éviction de Morsi, il a énergiquement collecté des signatures, dans le village, en faveur de Tamarod, ou de la « rébellion », la campagne menée par les militants de la jeunesse, qui ont recueilli des signatures à travers tout le pays, sur une pétition exigeant le départ de Morsi. Ce mouvement a organisé les manifestations du 30 juin qui ont attiré des millions de participants.

« Emile était le leader de facto de Tamarod dans le village et cela n'a pas échappé aux terroristes », raconte le meilleur ami et fidèle compagnon de militance de Naseem, Emile Nazeer. « Presque tout le monde, à Nagaa Hassan, aimait mon oncle. Il parlait beaucoup de politique et les gens écoutaient ce qu'il avait à dire », rappelle el-Ameer, son neveu. « Il en a payé le prix fort ».

Shenouda el-Ameer, une proche parente, affirme que les islamistes locaux ont tiré partie du meurtre du musulman pour en accuser les chrétiens et faire payer à Naseem son activité politique.

Le chef de la sécurité de Luxor, Khaled Mamdouh, a déclaré que 17 villageois, dont 8 chrétiens, ont été interrogés sur ce meurtre et les violences qui ont suivi. Certains d'entre eux ont été déférés aux procureurs pour être inculpés. Les forces de sécurité, pendant ce temps, ont été déployées dans le village, où on estime que 20 % des 7 000 résidents sont des chrétiens.

Le Père Vassilios a dit qu'il n'avait jamais connu d'incidents liés à la violence sectaire, à Nagaa Hassan, auparavant, suggérant que la rhétorique antichrétienne des durs du régime Morsi et sa polarisation contre les chrétiens n'étaient pas sans mortelles conséquences. « Les relations entre les musulmans et les chrétiens étaient si bonnes que j'avais toujours tendance à penser qu'elle avait, ici, quelque chose de particulier », dit-il à l'AP. « Emile était un véritable révolutionnaire politique qui a servi sa communauté du mieux qu'il le pouvait ».

Dans la semaine qui a suivi le renversement de Morsi, les extrémistes ont perpétré des agressions contre les chrétiens dans, au moins, 6 des 27 provinces du pays. Le meurtre à l'arme à feu du prêtre dans le Sinaï a été la seule autre perte à déplorer.

Dans les incidents les plus graves, une meute de partisans de Morsi ont attaqué des maisons et des boutiques chrétiennes à Dalaga, un village de la province de Minya, au Sud, où les chrétiens représentent environ 35 % de la population, plus de trois fois la moyenne nationale. Durant ce déchaînement de violence, la foule criait : « Il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et les chrétiens sont les ennemis de Dieu », selon la police et le villageois Bushrah Iskharon, qui a raconté le déroulement des évènements, dans une interview téléphonique à l'AP.

Les églises, à travers la majeure partie du pays, ont annulé la messe du soir et les activités sociales, par précaution en cas d'attaques. Mais les militants chrétiens jurent de poursuivre leurs activités politiques. « Mes parents ont toujours fait référence à l'immigration comme étant une solution. Moi pas ! », affirme Marina Zakaria, une jeune fille de 21 ans, vivant au Caire, qui a commencé à participer aux politiques de rue, après l'éviction de Moubarak. « Les chrétiens sont, pour la plupart, isolés dans leurs églises, parce qu'ils ont peur des gens qui ne sont pas comme eux. Avec une telle attitude, nous creusons la discrimination à laquelle nous faisons face, et finissons par n'avoir aucune place dans la vie politique », dit-elle, convaincue.

La militante chrétienne Nirvana Mamdouh, 22 ans, sur le même ton, dit que depuis bien trop longtemps, les chrétiens sont demeurés silencieux, face aux injustices et qu'il est grand temps pour eux, de prendre la parole pour faire valoir leurs droits. « Nous ne pourrons pas obtenir notre liberté, sans voir le sang couler. C'est le prix à payer, mais que pouvons-nous faire d'autre ? ».

Source : JForum



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