mardi 17 février 2015

L’État islamique a été créé par les États-Unis !

L'État islamique a été créé par les États-Unis !

Pour que cette union nationale dont on nous rebat les oreilles depuis des jours ait un sens, cela nécessite la menace d'un ennemi commun. Mais quel est-il, sachant que personne ne l'a pour l'instant désigné ? Car se contenter d'évoquer le « terrorisme », ça demeure un peu vague…

Nous assistons actuellement à d'incessantes gesticulations visant à tout faire pour ne pas désigner l'ennemi sous son nom. La notion d'ennemi devient problématique dès l'instant où l'on ne veut pas en avoir, parce que l'on a oublié que l'histoire est tragique et qu'on a voulu mettre la guerre hors la loi. Mais il y a au moins deux autres raisons à ce refus d'appeler l'ennemi par son nom. La première est que cette désignation paraît politiquement incorrecte, car susceptible d'« amalgame » (le mot est d'origine arabe : âmal a-jammâa). La seconde, la plus fondamentale, est que la classe politique n'est pas étrangère à son apparition.

La France a fait deux erreurs gravissimes : la guerre en Libye, qui a plongé ce pays dans la guerre civile et l'a transformé en arsenal à ciel ouvert, et l'affaire syrienne, où nous avons apporté notre appui aux adversaires de Bachar el-Assad, qui sont les mêmes islamistes que nos troupes combattent en Irak et au Mali. À cela s'ajoute que « l'État islamique a été créé par les États-Unis », comme l'a rappelé sans ambages le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'École de guerre, au Sénat le 17 décembre dernier, et que le terrorisme n'a cessé d'être financé par le Qatar et l'Arabie saoudite, que nous considérons à la fois comme des clients et des alliés.

Dans le cas du terrorisme intérieur, le problème est le même. Nous ne sommes plus en effet confrontés à un « terrorisme global » tel qu'on en a connu par le monde à la grande époque d'Al-Qaïda mais, comme Xavier Raufer ne cesse de le répéter, à un terrorisme autochtone, qui est le fait de racailles des cités ayant fait leurs classes dans le grand banditisme avant de se transformer en bombes humaines sous l'effet de l'endoctrinement ou d'un délire partagé. De Mohammed Merah aux frères Kouachi, ce terrorisme est indissociable de la criminalité (ce n'est pas avec des pétrodollars mais des braquages de proximité que les terroristes se procurent leurs kalachnikov). Lutter contre le « gangsterrorisme » implique donc de s'appuyer sur le renseignement criminel. Or, si les renseignements existent, ils ne sont pas exploités, précisément parce qu'on se refuse à admettre la réalité, à savoir que ce terrorisme est l'une des conséquences de l'immigration. La France, en d'autres termes, a sécrété un nouveau type de terrorisme en laissant s'installer un milieu criminel qui échappe en grande partie à son contrôle. C'est pour cela que chez ces terroristes, qui étaient pourtant surveillés, on n'a pas repéré le risque de passage à l'acte. Les directives données par le renseignement intérieur n'étaient pas les bonnes. On a préféré surveiller Internet et spéculer sur le retour des djihadistes plutôt que d'être sur le terrain, au cœur même des cités. Or, le problème ne se situe pas au Yémen ou en Syrie, mais dans les banlieues.

Sommes-nous en guerre ?

Le terrorisme, c'est la guerre en temps de paix. Et aussi, comme l'a dit Paul Virilio, la « guerre sans fin, aux deux sens de ce mot ». À l'étranger, nous sommes en guerre contre le djihadisme, branche terroriste de l'islamisme salafiste. En France, nous sommes en guerre contre un terrorisme intérieur, pur produit de cette immigration incontrôlée qu'on a laissée se développer comme un chaudron de sorcières d'où sortent des racailles plus ou moins débiles, passées du gangstérisme à l'islamisme radical, puis de l'islamisme radical au djihad pulsionnel.

Qui peut croire que l'on résoudra le problème avec des « cours civiques » à l'école, des incantations à la laïcité, de pieuses considérations tirées de l'histoire sainte du « vivre ensemble » ou de nouvelles lois en forme de gris-gris vaudous « contre-toutes-les-discriminations » ? C'est pourtant très exactement là que nous en sommes. La classe dirigeante est devenue totalement prisonnière de son incapacité à voir les choses en face, cause principale de son indécision (et de son désarroi, car elle ne sait plus que faire). Elle prétend se battre contre un ennemi dont elle ne veut pas reconnaître qu'il s'agit d'un Golem qu'elle a engendré. Le docteur Frankenstein ne peut pas lutter contre sa créature parce que c'est sa créature. Les terroristes dont Mohammed Merah reste le prototype sont les fruits de trente ans d'angélisme et de cécité volontaire sur l'immigration, d'une « politique de la ville » qui se résume à 100 milliards d'euros partis en fumée après avoir été distribués à des associations fictives, et d'une « culture de l'excuse » qui s'est muée en culture de l'impunité.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier



Envoyé de mon Ipad 

Ils ont dit... à propos des 21 coptes égyptiens que l’EI affirme avoir décapité en Libye - L'Orient-Le Jour

Ils ont dit... à propos des 21 coptes égyptiens que l'EI affirme avoir décapité en Libye - L'Orient-Le Jour
17/2/2015-Ils ont dit... à propos des 21 coptes égyptiens que l'EI affirme avoir décapité en Libye

- Le président de la Chambre, Nabih Berry, dans un message de condoléances au président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi : « Ce crime s'ajoute aux crimes commis contre des civils et des militaires au Sinaï et à l'intérieur de l'Égypte, ainsi qu'au terrorisme organisé contre les pays arabes. Quelles qu'elles soient, les opérations terroristes restent les mêmes, et de ce fait la guerre contre le terrorisme doit être une et unifiée. »

- Le Premier ministre Tammam Salam, dans deux télégrammes de condoléances au président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et au pape copte, Tawadros II : « Ce crime odieux commis contre des individus innocents en raison de leur appartenance communautaire révèle le degré de décadence de l'extrémisme criminel et montre jusqu'où les auteurs de ce phénomène obscurantiste peuvent aller. Nous stigmatisons cet acte vil qui n'est toléré par aucune logique et aucune religion. Nous sommes persuadés de la capacité du peuple égyptien à surmonter sa crise. »

- Le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué : « Le terrorisme takfiri est un virus que rien ne semble pouvoir arrêter et qui risque de s'étendre à tous les États tant que les efforts internationaux menés pour le combattre ne s'élèvent pas au niveau requis et ne visent pas à neutraliser les dangers réels qu'il recèle. (...) La côte libyenne noyée de sang est ainsi le symbole d'une Méditerranée qui risque de devenir cramoisie si le monde, et notamment le Liban, ne préserve pas les modèles de modération, capables de briser le terrorisme. »

- Le ministre d'État pour la Réforme administrative, Nabil de Freige : « C'est un crime contre l'humanité et une agression directe contre le christianisme et l'islam. Ils (l'État islamique) tuent des innocents pour effrayer les chrétiens et d'autres au service d'un projet obscurantiste qu'ils veulent généraliser. »

- Le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, de Rome : « Il s'agit d'un acte barbare et lâche, rejeté par chaque religion et individu. (...) La communauté internationale et les pays du Moyen-Orient doivent sérieusement coopérer ensemble pour éradiquer le terrorisme et l'extrémisme criminel, lesquels sèment la terreur et menacent la modération et la stabilité dans le monde. »

- Le ministre Michel Pharaon : « Il s'agit là d'un crime contre l'humanité qui doit renforcer la campagne internationale contre Daech, jusqu'à l'éradication de cette organisation. Celle-ci constitue un danger non pas pour un pays ou une zone géographique, mais pour le monde entier, pour les musulmans autant que pour les chrétiens. Les coptes en Égypte constituent le fondement de la présence chrétienne dans le domaine arabe. »

- Le cheikh Akl druze, cheikh Naïm Hassan : « Ces circonstances rendent plus que nécessaire une solidarité islamo-chrétienne et un attachement aux valeurs humanitaires et religieuses. »

- Le mufti de la République, cheikh Abdellatif Deriane  : « La conscience chrétienne est plus élevée que tous ces actes dont l'objectif est de semer une discorde islamo-chrétienne en Égypte et dans la région. »

- Le président du parti Kataëb, Amine Gemayel, dans un message de condoléances au président égyptien et au pape Tawadros II : « L'Égypte a un rôle important à jouer face à ces groupes fondamentalistes qui ont perdu toutes valeurs et qui ne connaissent rien à celles de l'islam et de l'humanité. Ce massacre est un choc qui doit réveiller la conscience internationale et permettre de sauver la région des griffes du terrorisme et de l'extrémisme. »

- Le chef du courant du Futur, Saad Hariri : « Aucun adjectif hideux ne suffit pour condamner le carnage qui a eu lieu sur la côte libyenne et qui a coûté la vie à 21 citoyens égyptiens qui sont tombés sous l'emprise des démons du terrorisme et des escadrons de la mort qui balaient les pays du printemps arabe, dans l'une des plus sales guerres contre les valeurs de l'islam et la place des musulmans dans le monde. C'est une nouvelle scène lugubre qui vient s'ajouter au dossier sanglant de ces groupes égarés, qui répandent leurs crimes en Égypte, en Libye, en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen, et partout où le fléau du terrorisme et de l'extrémisme s'infiltre, créant des arènes qui autorisent de tuer au nom de la religion et d'utiliser le nom de Dieu pour contester ses enseignements, ses livres et ses prophètes. »

- Le chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora : « Un acte sauvage et barbare qui n'a rien à voir avec les valeurs humanitaires, l'islam et les musulmans et même pas avec la loi de la jungle. C'est un crime contre l'ensemble de l'humanité. Il n'est plus possible, après ce qui s'est passé, de se contenter de dénoncer ces agissements. Il faut que les efforts se conjuguent pour éradiquer ce phénomène (une idée également développée par le PNL), le déraciner, identifier ses commanditaires et sanctionner tous ceux qui se cachent derrière l'islam pour commettre ces horreurs et pour porter cet énorme préjudice aux Arabes et aux musulmans. (...) L'histoire retiendra que la criminalité de Daech (éponyme de l'État islamique) est comparable à celle des sionistes (...) et des dictatures dont certaines n'ont pas hésité à employer des armes chimiques contre leurs populations », en allusion au régime syrien.

- Le chef du PSP, Walid Joumblatt, dans un message de condoléances au président égyptien : « Ce crime terroriste condamnable confirme une nouvelle fois le fait que le terrorisme n'établit pas de distinction entre les individus et n'hésite pas à prendre pour cibles les innocents. »

- Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea : « Daech est une organisation qui est, pour le moins qu'on puisse dire, une ennemie de l'humanité, de la nature humaine et de l'islam, lequel est une religion de justice et de miséricorde. Il est impératif que les États arabes et occidentaux confrontent fermement ces criminels pour éradiquer cette pensée sauvage et anti-humaine. »

- La Rencontre de Saydet el-Jabal : « La Rencontre de Saydet el-Jabal se tient aux côtés de toute personne opprimée dans le monde arabe, qu'elle soit victime du terrorisme de Daech ou du régime syrien appuyé par les gardiens de la révolution iranienne. Il n'est pas concevable de garder le mutisme face à un oppresseur, quelles que soient les circonstances, de même qu'on ne saurait établir une distinction entre un terrorisme et l'autre. »

- Le parti Tawhid : « Daech est un cancer terroriste qui menace le pays et les peuples. Il faut que les autorités religieuses modérées et l'Azhar combattent cette forme d'intégrisme que cette organisation représente. »



Envoyé de mon Ipad 

« Le silence des agneaux », la Passion revécue - Fady NOUN - L'Orient-Le Jour

« Le silence des agneaux », la Passion revécue - Fady NOUN - L'Orient-Le Jour
17/2/2015-« Le silence des agneaux », la Passion revécue

Dans une scénographie digne d'Hollywood, vingt et un coptes ont été froidement égorgés hier en Libye par le groupe État islamique, et leur sang a rougi la Méditerrannée, symbole de cette mer où les cendres d'Oussama Ben Laden ont été secrètement dispersées par les États-Unis le 2 mai 2011. Quel rapport entre les deux événements ? Aucun. Pourquoi vingt et un chrétiens égyptiens ont payé de leur vie, de cette atroce façon, la mort d'Oussama Ben Laden, on ne le saura jamais. Et contrairement aux chrétiens de Mossoul, les ouvriers coptes en Libye n'ont même pas eu le choix de l'apostasie. Leur baptême a suffi à leurs tortionnaires. Le titre de ce film d'horreur pourrait être Le silence des agneaux, s'il n'en portait déjà un : celui de la Passion du Christ. « Comme un agneau conduit à la boucherie, il n'ouvre pas la bouche », avait prophétisé Isaïe. Est-ce un hasard ? Ce supplice intervient à l'orée du grand carême où la Passion du Christ est récapitulée.
La mort des vingt et un ouvriers égyptiens, choisis pour mourir parce que chrétiens, n'est rien moins qu'une Passion revécue. À leur corps défendant peut-être, ces morts sont des martyrs. « Il faudrait sans plus tarder leur construire des sanctuaires », pensent les plus radicaux. De fait, assoupies dans le confort, les Églises orientales courent le risque d'oublier qu'elles sont « sel et levain » des nations où elles sont enracinées, d'oublier qu'elles sont à leurs sociétés « ce que l'âme est au corps ».
Aussi noble qu'elle soit, la réaction du président égyptien réduit la portée de cette mort. Le président Abdel Fattah al-Sissi a présenté ses condoléances au chef de l'Église copte-orthodoxe, Tawadros II, mais il a reçu le massacre de ses compatriotes dans un esprit nationaliste. Il s'est promis de punir leurs agresseurs. Ses avions ont commencé la tâche. C'est légitime, mais ce n'est pas le mot de la fin. D'une certaine manière, les « condoléances » transmises par le patriarche maronite au chef de l'Église copte-orthodoxe tombent dans cette catégorie. Elles passent à côté de l'essentiel.
« Le martyre, dit saint Irénée, est semence de chrétiens. » C'est dans cette conscience chrétienne globale que doit être vécue la mort des ouvriers coptes en Libye. Les Églises orientales devraient avoir l'audace de dire au monde qu'elles ont versé leur part de sang, ce qui légitime leur droit à s'engager à l'émancipation humaine et spirituelle du monde dont ils rachètent ainsi le sol. Il faut en finir, une fois pour toutes, avec les réactions timides, chétives, apeurées, prudentes et embrasser résolument la possibilité du martyre comme une occasion de témoignage, et non un malheur à éviter à tout prix.
Ce qu'est vraiment le groupe État islamique, on le saura un jour. La théorie du complot n'est pas à écarter. Disons aussi, et ce n'est pas contradictoire, que son inspiration est plus qu'inhumaine, démoniaque. Quelque part derrière ce paravent, il y a un antéchrist (au sens étymologique du terme) qu'il faut combattre avec des armes spirituelles, et non seulement des avions. Cet adversaire est redoutable par l'habileté avec laquelle il manipule les médias. Il faut lui reconnaître au moins cet atout : il sait instrumentaliser la peur. Comme Gengis Khan en son temps, il gagne du terrain par la peur plutôt que par les armes, il assure ses victoires dans les esprits et pas seulement sur le terrain. Et les sentiments qu'il suscite devraient les rendre encore plus populaires aux yeux d'une jeunesse fragilisée sensible à l'image de force qui se dégage de ses actions, et encore plus menaçant pour le reste du monde.
Et là, c'est un autre danger qui s'offre. En effet, l'autre réaction possible à l'immolation des coptes de Libye serait, pour la masse des chrétiens orientaux, de prendre peur et de désespérer de leurs patries qui chancellent sous les coups d'une violence provenant d'un islam qui, enfin, se montre à visage découvert. Résultat, songer au départ, et au plus vite. Ou encore, s'armer, comme certains le font en Irak par souci légitime d'autodéfense, au risque de voir un instrument de sécurité se transformer rapidement en un instrument de pouvoir.
Fort heureusement, des réactions émanant de personnalités musulmanes devraient enrayer l'un et l'autre réflexe. La réaction du chef du Hezbollah est à cet égard symptomatique. Il a clairement affirmé hier qu'il ne se reconnaît pas dans cet islam qui contredit « la conscience innée » de l'homme qui se trouve au cœur de l'islam. Après l'immolation du pilote jordanien, l'imam d'al-Azhar avait, lui aussi, considéré les musulmans de ce groupe comme des renégats de la pire espèce, de celle qu'il faut amputer des mains et des pieds et crucifier. Les spécialistes devraient se saisir sans retard de ces thèmes pour faire avancer la théologie du dialogue interreligieux, que les Églises orientales devraient utiliser comme base pour un discours d'enracinement et de témoignage sans ambiguïtés. Un discours où leurs martyrs ne s'inscriraient pas contre l'islam mais contre toute violence qui déshumanise l'homme.



Envoyé de mon Ipad 

dimanche 15 février 2015

مسيحيو لبنان.. في خطر

مسيحيو لبنان.. في خطر
الديار -١٦/٢/٢٠١٥-مسيحيو لبنان.. في خطر
ان الخطر التكفيري الذي يتهدد ما تبقى من مسيحيين في هذا الشرق أن مسيحيي لبنان ليسوا بعيدين عنه كما يظن ويتصرف البعض وكأن المسيحيين لا يزالون يعيشون العهد الذهبي في لبنان الذي ولى ولن يعود لأسباب كثيرة تؤدي إلى استنتاج واحد وهو أن تاريخ الوجود المسيحي في العالم العربي لم يكن مهددا في يوم من الأيام كما هو الحال اليوم.

هذا ما قالته اوساط متابعة مشيرة بأن ما تعيشه المنطقة من أوضاع صعبة تفاقم من المخاطر الداهمة التي تتهدد المسيحيين في لبنان التي تجمع العديد من التقارير الدبلوماسية بأن دورهم ووجودهم ومستقبلهم في لبنان هو في ذروة الخطر واشد المراحل صعوبة في تاريخهم، خصوصا أن المشهد الذي وصل إليه المسيحيون في المحيط والجوار بفعل تنامي «الإسلام المتطرف» لا يبشر أبدا بالخير بل يستجلب الخوف والهلع والذعر على مستقبل المسيحيين في لبنان، سيما أن ما يجري في أرض العرب وتحت راية التطرف والتكفير من تدمير للكنائس والتعدّي جهاراً على ممتلكات المسيحيين وإلقاء المناشير التي تتهم النصارى في الكفر وانبراء بعض خطباء الجوامع في تهديد المسيحيين وتتوعدهم بالانتقام وبالعودة إلى العهود التي تتعامل مع المسيحيين كأهل ذمة ليس بالمكان البعيد عن لبنان بل هو في الجوار والمحيط الملتهب بصراعاته الإسلامية - الإسلامية التي يدفع فيها المسيحيون أكبر ألأثمان.

الأوساط أكدت بأن زيارة كبار المسؤولين الغربيين إلى لبنان حملت في طياتها مؤشرات ودلالات عديدة على أن هناك مخاوف غربية كبيرة على دور المسيحيين وموقعهم في النظام اللبناني وهذه المخاوف عبر عنها كبار الموفدين الدوليين في خلال جلساتهم المغلقة مع بعض المسؤولين اللبنانيين الذي استهيبوا هذه المخاوف خصوصا أن مسألة طرح أسماء المرشحين باتت تفصيلا عابرا أمام مسألة مدى قدرة النظام السياسي اللبناني على الاستمرار بصيغته الحالية في ظل استفحال الفراغ في موقع رأس الدولة المهددة بكل مفاصلها بتمدد هذا الفراغ ليشمل في وقت لاحق بقية مؤسساتها الدستورية.

وشددت المصادر على ان من استمع بدقة إلى ما تم طرحه من قبل كبار الزوار الدبلوماسيين لبيروت لا يمكن أن يستنتج سوى أن هناك خوفاً دولياً كبيراً وجدياً من خسارة الموارنة المسيحيين في لبنان لموقع رئاسة الجمهورية كما أنه لا يمكن لمن استمع أيضا إلى طروحات كبار الزوار الديبلوماسيين لبيروت سوى أن يستنتج بأن هناك خوفاً دولياً كبيراً من الخطر الإرهابي التكفيري الذي يتهدد المسيحيين في لبنان عموما وفي منطقة البقاع خصوصا، حيث ان هناك تقارير استخباراتية وأمنية عديدة تنذر وتحذر من حصول اعتداءات من قبل التنظيمات الإرهابية التكفيرية على قرى وبلدات مسيحية بقاعا قريبة من الحدود السورية. وبالتالي فان المسؤولين الدوليين دعوا الدولة اللبنانية والقيادات السياسية وعلى وجه الخصوص المسيحية منها أن تتعاطى مع هذا الخطر الحقيقي بكل جدية وذلك على قاعدة أخذ كل ما يلزم من خطوات وإجراءات لمواجهة وقوع الأسوأ في تلك المناطق التي تتربص بها التنظيمات الإرهابية التكفيرية شرا وعدواناً.

وتتابع بأن ما جرى في مدينة طرابلس من تطاول واستفزاز غير مقبول على المسيحيين ورموزهم الدينية وتحديدا على تمثال يسوع الملك الموجود في منطقة جونية منذ عشرات السنين من قبل أحد النواب المحسوبين على تيار المستقبل أي التيار الذي يدعي بأنه المرجع الأكثر تمثيلا ومناداة للاعتدال في لبنان، يدل في مكان ما بأن الحالة السلفية والأصولية التي خرج منها كبار التكفيريين الإرهابيين كشادي المولوي وأسامة منصور وغيرهما من الإرهابيين الذين عاثوا فسادا في عاصمة الشمال وفي الاعتداء على الجيش اللبناني وهيبة الدولة اللبنانية، هي حالة وجدت بدعم ورعاية من قبل بعض المرجعيات السياسية التي باتت اليوم عاجزة عن ضبط تلك الحالة السلفية والأصولية المتطرفة ووضع حدٍ لها، خصوصا أن ما صرح به ذلك النائب جهارا ودعا فيه بإزالة تمثال يسوع الملك يدل أيضا على استسهال لدى هؤلاء السلفيين الأصوليين في التطاول على المسيحيين في مدينة طرابلس التي شهدت في الآونة الآخيرة رسم وكتابة تهديدات على أبواب الكنائس ورمي المناشير التي تهدد المسيحيين وغيرهم في المدينة بقدوم «تنظيم داعش الإرهابي»، وهذا أمر خطير يتناقض مع رسالة لبنان ودستوره ونظامه السياسي القائم على المناصفة بين المسلمين والمسيحيين وعلى احترام التعدد والتنوع واحترام خصوصية الآخر.

المصادر أشارت الى ان ما شهدته ساحة النور، التي هي في الأساس كان اسمها الحقيقي ساحة الرئيس الراحل عبد الحميد كرامي، من تهديدات وتجاوزات من قبل الحركات الاسلامية السلفية الأصولية التي اعتصمت وهددت بالويل والثبور اعتراضاً على ازالة اللافتات الاسلامية من المدينة تنفيذا للخطة الأمنية التي تتولاها القوى الأمنية بموجب قرار مجلس الوزراء الذي يرأسه رئيس سني وبإشراف وزير الداخلية الذي بدوره ينتمي إلى الطائفة السنية الكريمة هو نموذج صارخ على الوضع السيىء الذي وصل إليه المسيحيون في لبنان سيما أن تاريخ طرابلس البعيد والقريب يؤكد بأنها مدينه تعايش لا يقل فيها دور وحضور المسيحيين عن المسلمين بشيء، إلا أنه في العقود الثلاثة الأخيرة وبعد أن أصاب التهميش القوى المسيحية في لبنان، وفي ظل تصاعد وتنامي موجات الحراك السلفي الأصولي التكفيري في المنطقة العربية الذي انتقل بتأثيراته وانعكاساته المباشرة على لبنان عموما ومدينه طرابلس خصوصا أدى إلى تصاعد قوة وهيمنة الحضور الإسلامي الأصولي التكفيري على مدينة طرابلس التي باتت بتنوعها وتعددها وبيئتها الحضارية اسيرة هذا المناخ السلفي الأصولي الذي يفرض سطوته بالترهيب على سائر أرجاء المدينة وذلك برعاية واحتضان بعض المرجعيات السنية المعتدلة التي ذهبت بعيدا ولغايات انتخابية وشعبوية إلى احتضان وتمويل مثل تلك التيارات السلفية، وهذا مما لا شك فيه ترك آثاراً شديدة السلبية وعواقب وخيمة على نسيج مدينة طرابلس وتاريخها الوطني الذي حتما لا ينتمي بأي شكل من الأشكال إلى هذا المناخ المتزمت والمتعصب الغيبي الذي يريد فرض طقوسه وتعاليمه ونمطه على أجواء المدينة برمتها التي شهدت انكفاءً وتراجعا خطيراً على صعيد الحضور والدور المسيحي الذي لطالما كان له دائما بصمة مشرقية متميزة متنورة وعصرية على مر العصور في مدينة طرابلس التاريخية.


Envoyé de mon Ipad 

Résister aux idolâtries nationalistes et religieuses - GARRIGUES ET SENTIERS

Résister aux idolâtries nationalistes et religieuses - GARRIGUES ET SENTIERS
Résister aux idolâtries nationalistes et religieuses

Depuis plusieurs mois, les médias ne cessent de nous alerter sur la multiplication des dérives meurtrières issues des fondamentalismes nationalistes et religieux. Pour la première fois, depuis des décennies, des dirigeants de grands pays évoquent les dangers de guerre en Europe. Et au sein de chaque pays apparaissent des fractures entre communautés. Plusieurs « artisans de paix » avouent leur découragement devant cette situation. La crise actuelle ne porte pas simplement sur des querelles de puissances ou d'argent, elle touche à ce qui fait le sens de notre existence commune.

Aussi, elle nous oblige à sortir de la frénésie médiatique baptisée si faussement « temps réel » pour prendre le recul nécessaire permettant travailler sur le sens et les modes de nos vies.

Pour cela, les travaux des sociologues, économistes, géopoliticiens, théologiens et autres experts peuvent être des outils précieux. Mais, plus fondamentalement, je crois que nous avons beaucoup à apprendre des aventuriers spirituels issus des différentes traditions. Ainsi, dans le domaine chrétien, la lecture du texte anonyme d'un mystique anglais du XIVe siècle intitulé Le nuage de l'inconnaissance 1 nous aide à travailler sur nos « fondamentaux ».

Le commentaire de Bernard Durel, dominicain formé aux pratiques zen, donne une extraordinaire actualité à ce texte plusieurs fois séculaire. Bien loin d'être un éloge de la paresse intellectuelle, cet ouvrage remet en question notre volonté de maîtriser le monde par le calcul afin que « rien ne nous arrive ». Or les choses essentielles sont, évidemment, celles qui nous arrivent sans que nous les ayons colonisées d'avance dans quelque planification d'expert : tomber amoureux, éprouver une émotion esthétique, vivre la convivialité d'une rencontre.

En langage religieux, c'est dire que l'essentiel du réel relève de l'ordre de la gratuité, de la grâce.

Au disciple qui souhaite posséder la méthode et le procédé pour parvenir à la libération, l'auteur du Nuage d'inconnaissance répond : « Si tu me demandes par quels moyens et par quels procédés tu peux parvenir à cette œuvre, je prie Dieu tout-puissant de t'instruire lui-même. Pour moi je ne puis que te faire comprendre mon impuissance à te répondre et il n'y a là rien qui doive t'étonner. Cette œuvre, en effet, est celle de Dieu seul, et il l'accomplit dans l'âme à qui lui plaît, sans aucun  mérite de leur part » 2.

On aimerait que tous ceux qui s'intitulent maîtres spirituels sachent ainsi s'effacer devant l'expérience de chacun face à l'essentiel.

Bernard Durel commente ainsi ce texte : « La grâce, c'est le réel lui-même – tout est grâce. Ce que la grâce exprime, c'est exactement l'inverse de l'attitude du propriétaire comme si les choses m'étaient dues ». La crise nous apprend à quitter définitivement la tentation d'être arrivé et de nous enfermer dans un confort matériel ou spirituel. Elle nous rappelle notre condition de passant.

Comme l'écrit encore Bernard Durel, « ce qui est important dans la vie spirituelle, ce n'est pas d'être arrivé, c'est de maintenir la mobilité ; si on s'enferme dans une définition, c'est l'idolâtrie, telle qu'en parle la Bible. Être en chemin, avoir le sentiment qu'on ne sait pas trop où l'on en est, c'est la vie » 3.

Face aux tentations des enfermements nationalistes et/ou religieux, les mystiques de toutes traditions se retrouvent pour nous engager à rester des nomades en quête d'une vérité toujours nouvelle et dont personne ne saurait prétendre saisir la totalité.

Bernard Ginisty

1 – Le nuage de l'inconnaissance. Une mystique pour notre temps. Présentation et commentaire de Bernard Durel. Éditions Albin Michel 2008
2 – Idem page 202

3 – Idem pages 208-210



Envoyé de mon Ipad 

samedi 14 février 2015

Manuel Valls part en guerre contre les dérives de l'islam

Manuel Valls part en guerre contre les dérives de l'islam
 premier ministre entend lancer une concertation destinée à lutter contre l'influence des Frères musulmans et des salafistes en France.

Manuel Valls engage le combat contre les dérives de l'islam. Un mois après son discours devant l'Assemblée nationale, dans lequel il avait assuré que la France était en guerre «contre le terrorisme, le djihadisme et l'islamisme radical», le premier ministre a annoncé jeudi devant le Sénat une série de consultations sur l'avenir de l'organisation du culte musulman en France. Ces rencontres seront dirigées par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, également ministre des Cultes. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) y participera mais sera loin d'être en position de force. Douze ans après sa création, le constat de son échec est partagé jusqu'à la présidence de la République où François Hollande lui-même estimait la semaine dernière que cette instance n'avait «pas la capacité suffisante de faire prévaloir un certain nombre de règles, de principes, partout sur le territoire».

Par le nombre de sujets qu'elle aborde, la réorganisation de l'islam en France relève du casse-tête. Il y a d'abord la question du financement. Elle se cristallise sur la construction des mosquées, elle va en réalité bien au-delà. «Comment accepter que l'islam de France reçoive des financements d'un certain nombre de pays étrangers, quels qu'ils soient? C'est une première question qui doit être posée. Et si on la pose, eh bien cela veut dire qu'il faut prendre un certain nombre de mesures pour, demain, empêcher ces financements, notamment quand ils confortent un certain nombre de comportements», a fait valoir Manuel Valls. En France, des polémiques régulières surgissent sur le financement de lieux de culte par certains pays arabes, et notamment du Golfe.

Partant, se pose aussi la question des prêches proférés dans ces mosquées. Selon le premier ministre, il faut ainsi «s'inquiéter de l'influence des Frères musulmans, s'inquiéter de l'influence d'un certain nombre de groupes salafistes qui se retrouvent dans un certain nombre de quartiers». Or cette mouvance ultraorthodoxe a gagné du terrain dans les mosquées, jusqu'à contrôler aujourd'hui une centaine de lieux de culte sur 2300.

D'où la demande de François Hollande à son premier ministre de travailler sur la formation des imams. Le sujet est sensible dans les mosquées mais aussi dans les prisons où s'opère le basculement djihadiste. Aujourd'hui, 180 aumôniers musulmans «officiels» opèrent dans les lieux de rétention, un chiffre largement en deçà des besoins aux yeux des experts.

Problème, en dehors d'organisations méconnues ou opaques, le corps des imams n'a pas de représentation officielle. «Les musulmans ne cherchent pas une instance représentative - ça, c'est le vœu des autorités -, ils souhaiteraient une instance purement religieuse qui puisse rendre des avis et trouver des arguments pour répondre en toute légitimité à la radicalisation de certains jeunes», explique à l'AFP M'hammed Henniche, secrétaire général de l'Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis. Pour le gouvernement, le chantier est immense. Il est aussi politique.

Certes Manuel Valls a appelé à ne pas faire de cette question «un enjeu électoral» susceptible d'alimenter les divisions du pays. Mais l'élan républicain né des attaques terroristes contre Charlie Hebdo et le supermarché Hyper Cacher a aussi eu son revers. Au PS, on dénonce un renforcement de l'islamophobie dont se nourrit le vote Front national. Il est apparu dans le Doubs à l'occasion d'une élection législative partielle lorsque la candidate du FN s'est qualifiée au premier tour et a échoué de peu au second. À droite comme à gauche, on redoute de voir les élections départementales puis régionales de cette année se traduire par une nouvelle poussée de l'extrême droite.

Or l'offensive du gouvernement contre l'islamisme radical demande du travail et du temps, ce que les électeurs ne sont pas forcément prêts à l'accorder. Au bout du compte, c'est toute la question de la compatibilité de l'islam avec la démocratie qui est posée. Il y a encore deux ans, le sujet avait provoqué une polémique à gauche, lorsque Manuel Valls avait soulevé la question à l'occasion d'un séminaire gouvernemental. «Il a franchi un cap hallucinant», avait alors déploré un ministre. L'exécutif n'en est plus là. Désormais, il tente de tracer une frontière républicaine entre l'islam «tolérant, universel, et bienveillant» défendu par Manuel Valls et l'islamisme radical pourfendu par le même.

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vendredi 13 février 2015

Le wahhabisme : le fondateur, la doctrine, l’alliance de Mohammad Ben Abdel Wahhab avec les Saoud - Les clés du Moyen Orient

Le wahhabisme : le fondateur, la doctrine, l'alliance de Mohammad Ben Abdel Wahhab avec les Saoud - Les clés du Moyen Orient
LE WAHHABISME : LE FONDATEUR, LA DOCTRINE, L'ALLIANCE DE MOHAMMAD BEN ABDEL WAHHAB AVEC LES SAOUD ARTICLE PUBLIÉ LE 09/02/2015

Au début XVIII ème siècle, l'Arabie est depuis près deux siècles dans l'orbite de l'Empire ottoman, représenté par un wali résidant à Djeddah, le port de La Mecque. Le centre dépend en revanche des walis de Bassora et de Bagdad. La division politique est la caractéristique principale de cette région comme de l'ensemble de la péninsule arabe depuis les origines, avec la décentralisation et l'effritement économique. En effet, l'agriculture irriguée pratiquée dans le Nedjd n'a pas donné naissance à une organisation collective du travail dont l'Etat centralisé aurait pu constituer l'aboutissement ; bien au contraire, c'est la division qui a toujours prévalu, du fait de l'éloignement des sources d'eau (nappes phréatiques, puits) les unes des autres et l'absence notoire de grands bassins hydrographiques.

Le centre de l'Arabie a subi des attaques de la part de ses voisins tout au long du XVII ème siècle et au début du XVIII ème siècle. En dépit de certaines campagnes réussies menées par les tribus du Nedjd contre le Hedjaz à l'ouest et l'Ihsa'a à l'est, c'est plutôt le Nedjd qui est le plus souvent attaqué et certaines de ses tribus ont été contraintes à payer des taxes aux dirigeants de La Mecque.

Mohammad Ben Abdel Wahhab, le fondateur du wahhabisme

C'est dans ce contexte d'instabilité que grandit Mohammad Ben Abdel Wahhab, né en 1703 dans une famille religieuse habitant la ville-oasis d'Ayniyya. Son père était un juge religieux et il a été son premier maître. Il aurait appris le Coran par cœur avant l'âge de dix ans. Il se marie à douze ans, l'âge de la majorité. Après son mariage, il fait le pèlerinage à La Mecque, puis il réside pendant deux mois à Médine avant de retourner chez les siens. Voyageant beaucoup, il visite le Hedjaz, Bassora et vit dans l'Ihsa'a, la province orientale de l'Arabie. Au cours de ces années de formation, la situation économique se dégrade dans le Hedjaz et La Mecque se vide de ses habitants suite à une famine. Ceci va avoir pour effet d'arrêter pendant quelque temps les campagnes militaires menées contre le Nedjd, au milieu des années 1720.

Au cours de ses déplacements entre la péninsule arabe et le sud de l'Irak, Mohammad Ben Abdel Wahhab se rend compte de la situation du monde musulman. Partout il observe qu'une forme de religiosité populaire a remplacé les pratiques religieuses authentiques. Parmi les hérésies qui ont fait leur entrée dans l'Islam, il y a l'adoration particulière vouée au Prophète et à sa famille, ses Compagnons, et à des personnages considérés comme saints. L'adoration des Awliya'a (littéralement les « amis » de Dieu) a été répandue notamment par les mystiques soufis qui se sont démarqués des rites strictement orthodoxes de l'Islam.

A Bassora, Mohammad Ben Abdel Wahhab appelle à un retour aux fondements de l'Islam et au rétablissement du principe de l'unicité à travers l'adoration réservée exclusivement à Allah, le Dieu unique, ce qui lui vaut l'hostilité de la population. En 1726, il s'installe dans l'oasis de Haraymila dans le Nedjd, où il est rejoint pas son père qui quitte Ayniyya à l'issue de l'arrivée au pouvoir d'un nouvel émir. Là, Mohammad Ben Abdel Wahhab commence sa prédication et écrit son premier ouvrage, Le livre de l'unicité. Il commence à s'attirer des partisans, mais également à se faire des ennemis. Il part pour plusieurs années à Bassora, puis Bagdad, le Kurdistan, l'Iran où il vécut à Hamadan, Ispahan, Qom et d'autres villes. Puis il va vivre successivement à Alep, Damas, Jérusalem, le Caire, La Mecque avant de rentrer au Nedjd. Ses multiples voyages lui font acquérir une connaissance très vaste des différents courants de l'Islam, tout en lui permettant de développer les instruments conceptuels nécessaires à l'élaboration et la défense de sa doctrine.

En 1737, il s'établit à Ayniyya et se rapproche de son émir, Osman Ben Mohammad Ben Mouammar. Tous les deux entament la destruction systématique des monuments funéraires qui faisaient l'objet d'une adoration particulière de la part de la population. La destruction d'un monument en particulier va soulever la colère des habitants de l'oasis, c'est le tombeau de Zaïd Ben al-Khattab, un des Compagnons du Prophète. Une intervention de l'émir aura raison de la résistance populaire. Mohammad Ben Abdel Wahhab commence à appliquer de manière stricte la loi islamique, et ordonne la lapidation d'une femme qui avait commis une incartade, ce qui a pour effet de hâter les adhésions parmi les habitants d'Ayniyya.

Les actes politiques de Mohammad Ben Abdel Wahhab suscitent la crainte de nombreux émirs de se voir dépossédés de leur pouvoir. L'émir de l'Ihsa'a ordonna à Osman Ben Mohammad Ben Mouammar de tuer le prédicateur, sous peine d'arrêter le commerce entre les deux régions. L'émir d'Ayniyya ne put se résoudre à mettre à mort Mohammad Ben Abdel Wahhab ; il le condamna à l'exil, dans l'espoir de pouvoir le rappeler un jour. L'exilé s'installe à Dar'iyya en 1745 et y rencontre les Âl Saoud.

Présentation de la doctrine wahhabite

La tradition musulmane ou Sunna, élaborée pendant les trois premiers siècles qui ont suivi l'apparition de l'Islam, a donné aux pays conquis par les musulmans, généralement plus développés que la péninsule elle-même, un complément nécessaire au texte coranique pour le développement de la foi et de la pratique religieuses. Ces textes de la Sunna constituent un volume très important, aux éléments parfois contradictoires et soumis à des interprétations divergentes, ce qui a donné naissance à différentes écoles. Généralement, l'Islam s'adapte aux modes et aux traditions des pays conquis au moyen de l'ijma'a (le consensus) et du qiyas (l'analogie). Tout ce qui sort du cadre des hadith (propos attribués au Prophète et à ses premiers Compagnons) est qualifié d'hérésie et demeure tel jusqu'à ce qu'il y ait consensus des ulémas (théologiens) à son sujet. C'est ainsi que se fait l'adaptation.

Parmi les diverses écoles d'interprétation des textes religieux de l'Islam sunnite, l'école hanbalite est la plus rigoureuse. Elle se cantonne au contenu strict du Coran et de la Sunna comme références pour la pratique religieuse. Son caractère rigoureux en a fait le courant le moins répandu de l'Islam. Le hanbalisme prédomine néanmoins dans la péninsule arabe, notamment dans le centre de l'Arabie qui en est le foyer principal. Par ailleurs, la situation marginale de l'Arabie, à la périphérie des Empire musulmans, en a fait une terre de refuge pour toutes les sectes considérées comme hérétiques par l'Islam sunnite. Même le Hedjaz comprenait une grande variété de courants, qui vivaient en harmonie les uns avec les autres. Le culte voué aux Amis de Dieu était très répandu, avec des résidus de paganisme. L'Islam des bédouins nomades est resté un épiphénomène à travers le temps, et leur foi superficielle, avec des pratiques inexistantes.

En fin observateur de son époque, Mohammed Ben Abdel Wahhab a tôt fait de se rendre compte de la situation religieuse qui prévaut dans la péninsule arabe, et il lui impute la dégradation de la situation économique et l'insécurité endémique. D'où la nécessité pour lui d'épurer la religion de tout ce qui l'a entachée et de retrouver la pureté rituelle des trois premiers siècles de l'Islam. Constatant la déperdition de la notion d'unicité de Dieu, centrale pour l'Islam, il va appeler à sa restauration à travers la lutte contre les hérésies. Même le Prophète, à ses yeux, ne doit pas faire l'objet d'un culte particulier. Ses références sont le Coran, la Sunna, les quatre imams fondateurs des écoles de jurisprudence, et Ibn Taymiyya. Tout ce qui vient après ce penseur damascène du XIV° siècle, il le rejette.

Partant de là, le wahhabisme peut être perçu comme la forme la plus extrémiste du hanbalisme. Mais les membres de la communauté qui s'est constituée autour de la prédication de Mohammad Ben Abdel Wahhab, et les Saoudiens à l'heure actuelle, ne se définissent pas comme wahhabites. Les disciples de Mohammed Ben Abdel Wahhab se nommaient tawhidiyyoun, attachés à l'unicité de Dieu, ou musulmans tout simplement. Les Saoudiens d'aujourd'hui se présentent comme hanbalites. Pour eux, le wahhabisme n'existe que dans l'esprit des orientalistes qui ont inventé ce vocable pour définir le courant naissant. Ils sont les tenants d'une orthodoxie stricte, de l'avis même de leurs détracteurs, les juristes du Caire. Ils apparaissent ainsi comme une communauté particulièrement intégriste du sunnisme, surnommés les protestants de l'Islam.

Venu éradiquer les pratiques hérétiques qui détournaient les croyants de l'adoration du Dieu unique, Mohammad Ben Abdel Wahhab n'allait pas devenir lui-même un objet de culte. Personnage charismatique, il est nommé « al Cheikh » en signe de déférence de son vivant, mais ne fera l'objet d'aucune vénération après sa mort. Ses descendants sont connus sous le nom d'Âl al Cheikh, famille al Cheikh ; certains ont parfois été appelés à exercer des fonctions religieuses et la famille continue de bénéficier d'une grande respectabilité en Arabie saoudite. Mohammad Ben Abdel Wahhab n'est pas le fondateur d'une religion nouvelle, ni même d'un courant religieux nouveau dans l'Islam, simplement un retour aux sources. On ne peut donc pas parler de wahhabisme, ni de wahhabites. Toutefois, par commodité de langage nous nous servirons de ces deux termes pour désigner respectivement la prédication et la communauté des adeptes qui en est issue.

La condamnation de tout élitisme religieux en dehors de la grandeur divine ne se traduit pas sur le plan social et politique par un nivellement destructeur des inégalités. Bien au contraire, les écrits de Mohammad Ben Abdel Wahhab sont empreints d'un conservatisme prononcé, recommandant aux musulmans de rester fidèles aux détenteurs de l'autorité. La Zakat, l'aumône légale définie comme l'un des piliers de l'Islam, devient un devoir contraignant. Le wahhabisme se refuse à exempter les débiteurs de leurs dettes et les serviteurs de l'obéissance due à leurs maîtres. En revanche, il recommande aux maîtres de traiter leurs subordonnés avec équité, et de prendre soin de leurs serviteurs, des esclaves et des travailleurs salariés. Il fustige la cupidité et célèbre les vertus de la pauvreté qui constituerait une voie d'accès vers le paradis. Voilà pourquoi, en dépit de son conservatisme avéré, le wahhabisme s'est attiré la sympathie des couches modestes de la population comme les agriculteurs des oasis qui l'ont rallié massivement au XVIII° siècle, à une époque où l'exploitation et l'injustice étaient très fortes.

Le wahhabisme se pose en défenseur de l'harmonie sociale, tenant chaque membre de la société pour responsable d'une catégorie particulière de population : ainsi l'homme est responsable de ses parents et de sa communauté, la femme est responsable de la maison de son mari et de ses enfants, le serviteur est responsable de la fortune de son maître, etc. Sur le plan de la morale sociale, le wahhabisme prêche les vertus les plus élevées, bonté, honnêteté, patience, charité, … et condamne l'avarice, l'envie, le parjure et la lâcheté. De même, il condamne fermement les courants soufis, et tout ce qui pourrait s'apparenter à de la sorcellerie. Il interdit le tabac, l'opium, l'usage du chapelet, la musique, le chant, les rondes de Dhikr (répétition collective du nom de Dieu), et la danse.

Les wahhabites estiment que les musulmans qui ne suivent pas leur doctrine sont « associationnistes », qui associent d'autres divinités à Dieu, et à ce titre encore plus condamnables que les chrétiens et les juifs qui étaient autorisés à prier chez eux et astreints à un impôt plus faible. Chaque fois qu'ils prenaient possession d'une ville ou d'une oasis, ils détruisaient les monuments établis sur les tombes des personnages considérés comme saints et brûlaient les livres des juristes qui ne partagent pas leurs idées. Certains de ces juristes leur ont reproché de ne pas respecter la personne du Prophète, d'amoindrir son rôle et son statut dans l'Islam. Mohammad Ben Abdel Wahhab a été accusé par son propre frère Suleyman d'avoir érigé l'intolérance en sixième pilier de l'Islam.

Le wahhabisme a unifié les notables du Nedjd dans leur lutte traditionnelle contre les notables du Hedjaz. Il interdit les pèlerinages dans les lieux saints, à l'exception du sanctuaire de la Kaaba à La Mecque, privant les habitants du Hedjaz d'une partie de leurs revenus. Le pèlerinage sur le tombeau du Prophète à Médine est considéré comme impie et par conséquent banni. Le Hedjaz professait le courant le plus libéral de l'Islam, l'école hanafite suivie également par l'Empire ottoman, le principal pourvoyeur de pèlerins. Les religieux du Hedjaz redoutaient une victoire des wahhabites qui serait de nature à les priver de leur influence et de leurs sources de revenus. En outre, à La Mecque vivaient les familles de chérifs, les descendants du Prophète. Fiers de leur généalogie, ils refusaient net que quiconque leur apprenne le véritable Islam.

Les caractéristiques propres au wahhabisme en ont fait une doctrine qui, une fois mise au service d'un émir, peut le transformer de chef de razzia en combattant pour la religion vraie. A partir du moment où le wahhabisme adopte le Jihad, il devient un vecteur d'expansionnisme militaire. De plus, il recèle une fonction unificatrice qui va dans le sens de l'éradication des divisions tribales. Ainsi, les notables d'une oasis, dès qu'ils sont privés des lieux de culte élevés sur leur territoire, se retrouvent dépossédés de leur source de revenus principale et de l'influence qu'ils exercent sous le couvert de l'administration du lieu de pèlerinage. Avec la disparition progressive de ces pouvoirs locaux, Mohammad Ben Abdel Wahhab arrive à imposer un nouveau pouvoir, un pouvoir central qui va voir le jour pour la première fois dans le centre de l'Arabie, par son alliance avec la famille Âl Saoud. Vu sous cet angle politique, une certaine lecture du wahhabisme peut le présenter comme le porte-étendard d'un mouvement national arabe contre l'influence ottomane dans la péninsule arabe. La haine nourrie contre les chiites peut s'expliquer aussi par l'hostilité contre l'Iran.

L'alliance entre les wahhabites et Âl Saoud et la naissance du premier Etat saoudien

A l'heure où apparaît la prédication wahhabite, le Nedjd ne disposait pas de véritables centres de pouvoir. Les oasis-villes comme Ayniyya, Dar'iyya et Riyad n'avaient d'importance que grâce à leur situation de carrefours sur les routes qui drainaient pèlerins et marchandises venant d'Irak en direction du Hedjaz. Dans le centre de l'Arabie, la division politique continuait d'être la règle. Au début du XVIII° siècle, au cours des années 1720, Saoud Ben Mohammad Ben Moqren, le fondateur de la dynastie saoudienne, devient l'émir de l'oasis de Dar'iyya située à l'ouest de Riyad, sur la route qui mène vers Djeddah et la mer Rouge.

Le règne de l'émir Saoud Ben Mohammad Ben Moqren est court ; il décède en 1725. Sa mort ouvre la voie à une guerre de succession à l'issue de laquelle arrive au pouvoir son cousin Zaïd. Ce dernier est tué dans une guerre contre la tribu concurrente des Ayniyya. Mohammed Ben Saoud, le fils du fondateur de la dynastie, parvient à s'échapper avec un groupe de combattants et il devient l'émir de Dar'iyya. C'est lui qui offre l'asile au prédicateur Mohammad Ben Abdel Wahhab exilé d'Ayniyya. L'émir était au fait de la nouvelle prédication et avait compris le bénéfice politique qu'il pouvait en tirer. Le prédicateur usa de son influence nouvellement acquise auprès de lui pour délivrer la population de certains impôts, ce qui lui valut de pouvoir s'imposer dans la communauté de Dar'iyya.

En s'installant à Dar'iyya, Mohammad Ben Abdel Wahhab attire dans l'oasis un grand nombre de ses partisans originaires d'Ayniyya et d'autres oasis du Nedjd. L'émirat des Âl Saoud vivait dans un état de pauvreté extrême. L'arrivée du prédicateur lance une dynamique de conquêtes qui va augmenter les ressources. Le butin était partagé de la façon suivante : le cinquième pour l'émir et le reste pour les soldats. La razzia prend une signification nouvelle : confisquer l'argent des associationnistes au profit des vrais musulmans. L'émir de Dar'iyya y gagne en stature politico-religieuse ; il est surnommé imam, commandeur des croyants de la communauté des vrais musulmans.

L'émir d'Ayniyya Osman Ben Mohammad Ben Mouammar demeurait un fidèle partisan des wahhabites. Il marie sa fille à Abdel Aziz Ben Mohammad, le fils de Mohammad Ben Saoud. En 1748 naît Saoud sous le règne de qui les wahhabites parviennent au faîte de leur puissance. Cette alliance matrimoniale n'exclut pas le renouvellement de l'hostilité tribale entre les émirs des deux oasis de Dar'iyya et d'Ayniyya et la seconde finira par perdre toute indépendance au profit de la première.

Cinq ans après le début d'association entre Mohammad Ben Abdel Wahhab et les émirs de Dar'iyya, l'autorité de ces derniers sur les oasis environnantes restait chancelante. Les Âl Saoud avaient pour concurrent principal l'émir de Riyad, Daham Ben Daouass. Vers la fin de l'année 1764, les bédouins du Najran décimèrent les troupes wahhabites. Mohammad Ben Abdel Wahhab fit preuve de sens politique en se hâtant de signer un accord de réconciliation comprenant des réparations de guerre et un échange de prisonniers.
Mohammad Ben Saoud décède en 1765 et son fils Abdel Aziz lui succède. Sous son règne, l'émirat de Dar'iyya entreprend une expansion importante à travers les oasis du Nedjd qui seront nombreuses à faire allégeance aux wahhabites et à la famille Saoud. Des prédicateurs wahhabites y sont envoyés afin d'y prêcher la véritable foi en un Dieu unique. Au cours de l'été 1773, l'oasis de Riyad finit par se rendre.

Pendant les années 1780, le territoire de l'Etat saoudien s'agrandit par l'adjonction de trois grandes régions : le Djebel Chammar et le Qassim au nord de Riyad et le Kharj au sud. A cette époque, les wahhabites et leurs alliés Âl Saoud deviennent les maîtres du centre de l'Arabie. En 1788, Mohammad Ben Abdel Wahhab et l'imam Abdel Aziz prennent une décision qui va renforcer l'assise de leur pouvoir : ils confirment la fonction héréditaire de Saoud alors que son père est encore en vie. Saoud s'était déjà constitué un fort capital de sympathie par la valeur guerrière dont il avait fait preuve au combat. Mohammad Ben Abdel Wahhab met tout en œuvre pour lui assurer l'allégeance des différentes régions conquises.
A partir du centre de l'Arabie, les wahhabites vont pousser leur expansion en direction de l'est vers l'Ihsa'a et le sud de l'Irak, en direction de l'ouest vers le Hedjaz, en direction du sud-ouest vers le Yémen, en direction du sud-est vers Oman et en direction du nord vers la Syrie. Mohammad Ben Abdel Wahhab meurt en 1792, au moment où se déroule la campagne de conquête de l'Ihsa'a peuplé de chiites. Son fils Hussein lui succède à la fonction de mufti (interprète de la loi) de Dar'iyya.

Entre les wahhabites et le Hedjaz, les relations sont tendues. L'émir du Nedjd envoie des cadeaux aux chérifs successifs de La Mecque (Moussa'ed, Sourour, Ghaleb Ben Massoud) mais ces derniers sont méfiants à l'égard de la nouvelle prédication qu'ils jugent blasphématoire. Trente juristes wahhabites envoyés à La Mecque pour solliciter l'autorisation de faire le pèlerinage sont gravement malmenés. Les accrochages militaires commencent entre les deux camps en 1790, avant la mort de Mohammad Ben Abdel Wahhab. En 1798, le chérif de La Mecque autorise les wahhabites à se rendre en pèlerinage à La Mecque, ce que Saoud et sa famille feront l'année suivante.

Au début du XIX° siècle, sur ordre d'Istanbul, une campagne militaire partie d'Irak attaque les wahhabites. Ces derniers repoussent les assaillants et obligent Ali Pacha, le chef de l'armée ottomane, à signer la paix. Pourtant, cette paix n'empêche pas les wahhabites de poursuivre leurs incursions en Irak, notamment après avoir appris la nouvelle de la campagne de Bonaparte en Egypte, face à laquelle l'Empire ottoman s'est révélé impuissant. L'intérêt d'Istanbul est totalement concentré sur la vallée du Nil, ce qui laisse aux wahhabites une grande liberté d'action. En 1802, ils détruisent Kerbala, la ville sainte du chiisme où est enterré l'imam Hussein, petit-fils du Prophète. Selon les témoins de l'époque, la prise de la ville s'est accompagnée de massacres et de pillages, surtout que la sépulture de Hussein était devenue avec le temps l'objet de donations diverses d'argent et d'objets précieux. Les wahhabites quittent Kerbala anéantie avec un butin considérable. Les campagnes militaires contre l'Irak se poursuivent jusqu'en1810, mais resteront limitées, s'apparentant plus à des razzias.

Après la destruction de Kerbala, les wahhabites se donnent pour cible La Mecque. Le chérif Ghaleb Ben Massoud s'était attiré la colère de la population du Hedjaz en raison de sa gestion défaillante et des taxes exorbitantes. Les habitants du Hedjaz se tournent alors vers le Nedjd. Les wahhabites parviennent en 1802 à occuper Médine et l'oasis de Taëf. En avril 1803, ils prennent la Mecque, y effectuent le pèlerinage et détruisent tous les monuments dédiés aux héros de l'Islam. Ils interdisent aux Mecquois de fumer en public et leur enjoignent de faire le pèlerinage dans des vêtements simples. Ils remplacent Ghaleb Ben Massoud par son frère, Abdel Mou'in. Ils interdisent la prière au nom du sultan ottoman et remplacent le juriste ottoman de la ville par un juriste de Dar'iyya. La prise de La Mecque provoque une onde de choc à Istanbul. Début septembre 1803, les troupes ottomanes conduites par Chérif Pacha reprennent le contrôle du Hedjaz avec l'appui du wali d'Acre Ahmad Pacha al-Jazzar et du wali de Bagdad.

L'émir Abdel Aziz est assassiné à l'automne 1803 par un chiite d'Irak dont la famille avait été tuée à Kerbala. Saoud le remplace immédiatement. En 1806, il reprend La Mecque, profitant de la famine qui régnait dans la ville. Il prend également Yanbou' et c'est l'ensemble du Hedjaz qui passe sous le contrôle des wahhabites. Le chérif de la Mecque conserve sa position, tout en étant dispensé du paiement de l'impôt. Il s'attire la bienveillance de Saoud en lui offrant de nombreux cadeaux. Djeddah reste sous son contrôle. En 1808, Saoud envoie des lettres aux notables de Damas, Alep et les autres villes de Syrie, les sommant d'adopter le wahhabisme. Ses troupes sèment la terreur dans la région d'Alep et font des incursions en Palestine. En 1810, Saoud parvient avec son armée jusqu'aux portes de Damas, mais il n'entre pas dans la ville. Ce sera la dernière campagne en direction du nord.

Chaque année, Saoud effectue le pèlerinage à la tête d'une importante troupe constituée par des membres de tribus différentes. Les wahhabites se mettent à entraver les convois de pèlerins qui viennent de tous les côtés de l'Empire ottoman, chargés de cadeaux, du tissu qui recouvre la Kaaba, de bijoux. Ces convois sont généralement accompagnés par des musiciens, on y danse, on y boit, et on fréquente les filles de joie, ce qui est contraire à la morale rigoriste des wahhabites. Ces derniers exigent que les convois soient plus austères et augmentent les taxes du pèlerinage.

En plus de leur expansion en direction du nord et de l'est, les wahhabites parviennent à étendre leur contrôle sur les rivages du Golfe, y compris Bahreïn, et s'infiltrent peu à peu à Oman dont ils assujettissent les différentes tribus en 1808-1809. Une fois unifiées sous leur domination, ces tribus vont se mettre à pratiquer la piraterie contre les bateaux qui naviguent entre Bombay et Bassora, notamment ceux qui appartiennent à la Compagnie des Indes orientales, ce qui va provoquer une réaction de la Grande-Bretagne qui avait depuis 1799 un représentant à Mascate. Au cours de cette première décennie du XIX° siècle, la flotte britannique commence à attaquer les bateaux omanais. En 1809, les Anglais détruisent Ras al-Khaymah et déciment l'armée de Saïd Ben Sultan, l'allié des wahhabites. Par la suite, ils chassent ces derniers du Bahreïn et de la côte. Leur influence persiste pourtant à Oman qui continue de payer 40 000 rials à l'émir de Dar'iyya.

A l'aube du XIX° siècle, la région montagneuse du 'Assir, dans le sud-ouest de la péninsule, se rallie aux wahhabites. De là, la voie paraissait libre pour s'enfoncer dans le Yémen divisé et affaibli où les imams zaïdites avaient perdu une grande partie de leur pouvoir. Les tentatives répétées des wahhabites d'occuper le Yémen resteront vouées à l'échec. Toujours est-il, au début du XIX° siècle, ils occupent quasiment l'ensemble de la péninsule arabe.



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